Soya ou Maïs: Quel semer en Premier?

Pendant des décennies, la règle d'or au Québec était simple : le maïs d'abord, le soya ensuite. Cette stratégie était dictée par la nécessité absolue d'accumuler suffisamment d'unités thermiques (UTM) pour que le maïs atteigne sa maturité physiologique avant les gels de septembre ou d'octobre. Avec la montée fulgurante des superficies de soya dans les 25 dernières années, est-ce que cette habitude de semer le maïs en premier tient toujours la route. Dans cette vidéo, nous allons explorer la question à savoir quelle plante entre le maïs et le soya on devrait semer en premier.

Au Québec, la réponse traditionnelle était de toujours prioriser le maïs, mais les recherches récentes penchent de plus en plus vers un semis simultané ou, dans certains cas, le soya en premier. La question n’est plus simplement « lequel semer en premier », mais « lequel subit la plus grande pénalité en cas de retard ». Regardons ensemble les facteurs agronomiques pour vous aider à trancher selon votre situation.

La gestion des risques climatiques au Québec

La température du sol est primordiale pour assurer une bonne germination. On vise au moins 10 degrés pour le maïs et 12 dégrés pour le soya à 10h le matin à 5 à 10 cm dans le sol. Prenez garde au sable et terre noire, leur fluctuation thermique varie beaucoup plus qu’une argile. Semer le maïs trop tôt dans un sol froid présente un risque majeur. Si la première eau absorbée par la semence est glacée, elle brise les membranes cellulaires et cause des levées inégales ou des plantules en "tire-bouchon".

Il est crucial d'éviter de semer si une pluie froide ou des températures inférieures à 10 °C sont prévues dans les 24 à 48 heures suivant le semis, car cela peut causer des dommages irréparables. Notez que le soya est moins sensible que le maïs aux dommages causés par le froid lors de l’imbibition.

Les risques de gel printanier sont bien réels lorsque l’on sème tôt. Dans le cas du maïs, le point de croissance du maïs reste sous la surface du sol jusqu'au stade 6 feuilles. Cela le protège d'un gel printanier tardif. Si les feuilles gèlent, il peut souvent repartir quoique hypothéquée. Pour le soya, le point de croissance (l'apex) sort du sol dès l'émergence. Un gel au sol sévère peut tuer le plant de soya définitivement. Cependant, le soya peut tolérer des températures de l’air plus froides que le maïs.

La physiologie du soya : le moteur de la photopériode

Contrairement au maïs, qui est principalement stimulé par l'accumulation de chaleur (UTM), le soya est une plante sensible à la photopériode (la durée du jour). Dès que la semence germe, une horloge biologique se met en marche. En commençant sa croissance début mai, le plant de soya multiplie le nombre de nœuds sur sa tige principale avant que le signal de floraison ne soit déclenché par le raccourcissement des jours après le 21 juin. Chaque nœud supplémentaire est une usine à gousses potentielle. Un retard de semis du soya au 20 mai, comparativement à un semis du 5 mai, peut entraîner une réduction de 15 % à 20 % du nombre de nœuds. Notez que le soya tolère mieux une levée légèrement étalée grâce à sa capacité de compensation extraordinaire par la suite en saison.

Le maïs : l’exigence de l’uniformité

Si le soya pardonne certains écarts de population lorsque semé tôt, le maïs, lui, exige une précision chirurgicale. Son rendement dépend moins du calendrier que de l'uniformité de la levée. Chaque semence de maïs doit lever dans une fenêtre de 24 à 48 heures maximum les unes par rapport aux autres. Un plant de maïs qui lève avec deux feuilles de retard par rapport à ses voisins produira un petit épi ou pas d'épi du tout, agissant comme une mauvaise herbe qui vole les ressources des plants productifs.

Analyse économique : Où est le profit ?

Il est important d’évaluer quelle culture entre le soya et le maïs est la plus rentable pour votre entreprise et priorisez cette dernière. L'analyse des courbes de rendement selon la date de semis montre un croisement intéressant vers la mi-mai.

· Avant le 15 mai : Le gain potentiel d'un soya semé tôt est souvent plus élevé, en pourcentage, que celui du maïs.

· Après le 20 mai : La priorité bascule radicalement vers le maïs. Un maïs semé en juin voit son potentiel de rendement chuter de plus de 1 % par jour, en plus d'augmenter massivement les coûts de séchage à l'automne.

En conclusion, chaque producteur connait ses champs et sera capable d’adapter le tout en conséquence. Si vous disposez de deux planteurs, l'approche optimale est de lancer les deux chantiers simultanément dès que les conditions de sol le permettent. Si vous n'en avez qu'un, la science vous encourage à briser la tradition et à commencer par le soya. Vous augmenterez votre plafond de rendement pour le soya sans sacrifier celui du maïs, qui bénéficiera de quelques jours de chaleur supplémentaires au sol pour une levée énergique et uniforme.